Victor FAY info N°17

 Disparition de Jeanne Simone FAY 

 La présidente de notre association, « Simone » ainsi que nous l’appelions, est décédée ce 1er octobre 2020 à l’âge de 86 ans. Elle était née en effet le 11 mars 1934 dans le 12ème arrondissement de Paris, fille de Victor FAY et de Basia Perla KAGAN son épouse (communément appelée Paula), tous deux nés en Pologne au début du siècle dernier. C’est en Pologne d’ailleurs, auprès de ses grand-parents, que Jeanne Simone (ses véritables prénoms) passa les quatre premières années de sa vie, jusqu’en 1938. 

Sa vie s’est toujours passée dans l’ombre de celle de ses parents, fortes personnalités dont les activités politiques et sociales ont été prédominantes durant toute leur existence. C’est ainsi que chaque année durant près de 30 ans, la piété familiale de Simone lui a fait renouveler le faire-part d’anniversaire de la mort de son père dans le carnet du Monde ; elle se rendait sur place au journal pour accomplir cette démarche jusqu’à y devenir une connaissance amicale, dans un milieu journalistique qui lui était familier de par son père et qu’elle connut elle-même à France télévision. Elle côtoya aussi longtemps le journaliste Paul Parisot, qui fut le premier vice-président de l’association des amis de Victor Fay. 

Elle s’impliqua en effet dès l’origine dans le fonctionnement de cette association, créée par sa mère après la mort de Victor Fay en 1991 ; elle en fut d’abord trésorière de 1991 à 1993, puis présidente et l’est restée jusqu’à sa mort. Généreuse de tempérament, elle avait doté l’association il y a quelques années d’un pécule de fonctionnement, après avoir pris en charge ce dernier en direct durant de longues années. 

Ayant hérité de ses parents le goût du militantisme, Simone avait mis à disposition de l’association durant de longues années, un petit local (Bd Suchet )où était pieusement conservé le bureau de travail de son père, ainsi qu’un très faible reliquat de sa bibliothèque, dont l’essentiel avait été confié au CEDIAS par sa mère. 

Puis lorsqu’elle commença à avoir du mal à se déplacer, elle reçut volontiers chez elle le bureau de l’association ; mais elle put encore se déplacer le 28 avril 2018 au siège rue de Malte pour une réunion de bureau grâce à Jean-Marie Demaldent, notre vice-président récemment décédé, qu’elle considérait comme le fils spirituel de Victor Fay. 

Depuis son divorce lointain d’avec Yvon Peyrin, un américain, Simone vivait seule en banlieue – quoiqu’accompagnée des petits animaux domestiques qu’elle affectionnait – dans son appartement de Puteaux, de même qu’au Vésinet où le petit bungalow qu’elle louait regorgeait de souvenirs familiaux et de nombreux tableaux ; tableaux de sa création puisque Simone avait des talents de peintre (elle avait d’ailleurs exposé des toiles au Salon des Indépendants) qu’elle cultivait sans en faire commerce. 

Citoyenne engagée dans la cité, elle s’est également occupée longtemps de la section locale d’une union de consommateurs lorsqu’elle vivait à Neuilly sur seine. 

Nous garderons ton souvenir, Simone, indissolublement lié à celui de tes parents, auprès de qui tu as choisi de reposer désormais, au colombarium du Père Lachaise. 

Le bureau de l’association 

Jean-Marie Demaldent n’est plus

Jean-Marie DEMALDENT est décédé le 26 août à Paris


Né en 1943, Jean-Marie DEMALDENT appartient à une génération profondément marquée par la guerre d’Algérie même s’il était trop jeune pour être appelé au contingent lors de son épilogue. Mais c’est seulement en 1968, après un passage par le Parti communiste, qu’il rejoint le PSU dans la section du XVIème arrondissement de Paris et il n’est pas anodin de constater que son premier travail universitaire cité dans son CV est un mémoire de DES de science politique portant sur « Le PSU, courant autogestionnaire après 1968 ». En 1975, Jean-Marie participe activement à la création par le PSU du « Centre populaire de formation socialiste » : ce dernier, qui est « ouvert aux travailleurs, aux étudiants, aux intellectuels, aux militants syndicalistes et politiques, se propose d’aborder à travers quatre cycles d’études (marxisme et philosophie, analyse marxiste de l’économie, histoire du mouvement ouvrier, critique des pratiques sociales) les principaux thèmes de la réflexion marxiste autogestionnaire d’aujourd’hui. Enrichir la formation politique et théorique, étendre les connaissances, pour permettre une meilleure intervention consciente dans la lutte des classes, telle est la fonction que le Centre populaire de formation socialiste voudrait jouer. » Cette annonce résume bien les motivations politiques qui ont été depuis lors celles de Jean-Marie, même si le CPFS lui-même n’a vécu que quelques années.

Assistant en Sciences juridiques en 1969 à l’Université Paris Nanterre (future Paris X), il est titularisé en 1979 maître assistant en science politique à cette même université. Il y intègre en 1985 le corps des Maîtres de Conférence, puis y est titularisé professeur de science politique en 1994 et promu à la Classe Exceptionnelle du corps des professeurs en 2005. En 2011, à sa retraite, il est nommé à l’éméritat, renouvelé en 2015 pour 5 ans.Dans la longue liste de ses travaux universitaires, figurent bien sûr ses travaux sur le marxisme et le socialisme qui l’amènent notamment au cours des deux décennies suivantes à collaborer à des revues (Critique Socialiste, revue du PSU ; Politique Aujourd’hui ; Devenir). A partir de la fin des années 80, et tout en poursuivant ces centres d’intérêt il devient un spécialiste reconnu des pays issus de l’ex-Empire ottoman.

Il fut élu à la « Direction politique nationale » (DPN) du PSU lors de trois Congrès successifs : à Amiens pour la première fois en décembre 1974, puis à Strasbourg en janvier 1977 et à Saint Etienne en janvier 1979.  Compagnon d’idées et de combat de Victor FAY, il l’appuya lorsque celui-ci fit, à l’occasion du vingtième anniversaire du PSU, en 1980, le bilan critique de cette expérience, et en général de celle d’un tiers parti. Il rejoignit avec lui le comité national de soutien de la candidature de Mitterrand, et adhéra ensuite au Parti socialiste avec un groupe de membres du PSU.Tout en militant activement ensuite au PS, notamment dans sa section de Courbevoie, il continua son compagnonnage intellectuel avec Victor FAY dont il devint au fil des ans le meilleur disciple, entretenant avec lui une relation quasi-filiale qui l’amènera après la mort de Victor à co-diriger l’édition de certains de ses écrits et à les préfacer*. Il participa aussi à la création de l’Association des Amis de Victor Fay dont il était premier vice-président ; à ce titre il avait encore tenu conférence l’an dernier au Maltais rouge  sur le thème « Victor Fay, la révolution d’octobre et le léninisme ».A partir de la commémoration du cinquantième anniversaire de la création du PSU, en avril 2010, Jean-Marie s’était impliqué dans l’évocation des combats d’idées menés par le PSU. Il était depuis 2013 Vice-président de l’Institut Tribune Socialiste (ITS), où ses interventions vives et caustiques, pétries de références théoriques et pratiques, étaient appréciées de toutes et tous ; c’est ce souvenir vivant et chaleureux de Jean-Marie que nous garderons dans nos mémoires. 

* Préface de « Contribution à l’histoire de l’URSS », Paris, éd. La Brèche, 1994
Préface de « Marxisme et socialisme. Théorie et stratégie », pp.9-27, Paris, L’Harmattan, 1999

Victor Fay le minoritaire: de la SFIO au PSU – Vidéos

Mercredi 17 octobre 2018 au Maltais rouge  

Présentation par Marion LABEY

Après la guerre, Victor Fay reprit son activité à la SFIO, à laquelle il avait adhéré en 1938 après avoir rompu avec le PCF ; délégué au congrès de 1946, il contribua à l’élection d’une direction de gauche, avec Guy Mollet, nommé secrétaire général. Il milita à Paris dans un club où se réunissait la gauche du parti hostile à la politique de Guy Mollet*, et où il rencontra Michel Rocard. La capitulation du gouvernement de Guy Mollet* devant les colons d’Algérie et l’envoi du contingent contre le FLN aboutirent à la formation d’une minorité plus nombreuse. Le ralliement de Guy Mollet à de Gaulle amena cette minorité à quitter la SFIO et à créer, en automne 1958, le Parti socialiste autonome (PSA) qui engagea des pourparlers en vue de la fusion avec l’UGS et des opposants communistes. La fusion eut lieu en 1960 sous le nom du Parti socialiste unifié (PSU). Victor Fay participa activement à la création du PSU et à la rédaction de la Charte du nouveau parti.


VIDEOS

Intervention de Marion Labey auteure du mémoire biographique :
Victor Fay, l’éternel minoritaire: acteur et mémoire critique du mouvement social français

Débat avec Marion Labey et Jean Marie Demaldent